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Les rendez-vous de la FNIM

Compte-rendu du déjeuner-débat du 22 mai 2013

Le marché mondial de l’industrie pharmaceutique
Analyse et Perspectives


de gauche à droite : Nicolas Bohuon, Pr Claude Lepen et Eric Phelippeau


Comme l’année dernière, le Pr Claude Le Pen, Consultant auprès d’IMS, professeur d’économie à Paris Dauphine et Président du Collège des économistes de la Santé, a présenté devant les membres de la FNIM les résultats 2013 du rapport annuel d’IMS* « Intelligence 360 » qui est une analyse du marché de l’industrie pharmaceutique dans le monde et en France.

Le rôle moteur des pays émergents

« Le monde croît, l’Europe stagne, la France baisse » : telle est la saisissante synthèse proposée par Claude Le Pen d’après les résultats de la dernière étude IMS. Le marché mondial croît d’environ 5%, tiré par les BRIC dans lesquels on observe une croissance à deux chiffres (mais qui ralentit) : pour la période 2012-16, la Chine va croître de 15 à 18% et Brésil, Russie, Inde de 10 à 15%. Dans les pays matures, la croissance est nulle, voire négative (USA, France, Espagne) : alors que les USA représentaient 55% du marché mondial en 2008, ils ne pèseront plus que 30% à l’horizon 2016. « La stagnation en Europe est de nature différente que celle qui frappe, par exemple, l’industrie automobile ou le marché de l’immobilier de manière uniforme, précise Claude Le Pen. En fait, il y a une baisse due aux pertes de brevets compensée par une croissance des produits innovants ». En volume, le marché mondial passera de 955 Mds de $ en 2011 à 1145-75 Mds de $ en 2016. Cette croissance est réalisée par les marchés émergents, les « pharmergents** », et au sein des ces marchés, notamment au Brésil, elle vient essentiellement des génériques. « Chaque année, reprend Claude Le Pen, il y a de nouveaux pays émergents qui font évoluer leurs systèmes de santé, créent des assurances maladie, publiques ou privées ». En 2012, dans le marché de la santé, on voit ainsi rejoindre le rang des émergents des pays tels que l’Algérie, la Colombie, le Nigeria ou l’Arabie Saoudite et ses 30 millions d’habitants, et ce sont les laboratoires locaux ou des multinationales locales (ainsi un labo jordanien très implanté en Algérie) qui contribuent le plus à la croissance.

Marchés matures : récession généralisée

Tous les grands pays développés souffrent de décroissance, à l’exception de l’Allemagne et des USA, en termes de volume et de prix (mais pas en terme de lancements qui, eux, continuent à progresser légèrement). En France, les prix reculent de 3,4% en 2012 tandis qu’aux USA ils augmentent de 7% ; l’Espagne est durement touchée avec un recul global de 8,4%, quant à la Grèce, où l’on voit réapparaître des pathologies d’un autre âge, c’est sa situation sanitaire dans son ensemble qui se dégrade. Si les chutes de brevets se poursuivent, mais à un rythme ralenti (elles réduiront le volume du marché mondial de 127 Mds$ jusqu’en 2016), la R&D jouit d’une reprise sur quelques aires thérapeutiques comme l’oncologie, l’immunologie, les vaccins, la sclérose en plaques ou le diabète. Et ces aires thérapeutiques connaîtront une croissance durable. Pour Claude Le Pen, « aujourd’hui, il y a une financiarisation de la R&D avec des stratégies de portefeuilles, des stratégies d’investisseurs visant des produits très ciblés ».

Un marché français en baisse

En 2012, le marché français de la santé a reculé pour la première fois de 2,3% en prix, et reculera de 3,4% en 2013. Mais les produits biologiques sont en croissance continue en ville. « La France est un pays où il existe beaucoup de médicaments de haute technologie en ville, contrairement à l’Espagne ou l’Italie où ces produits sont réservés à l’hôpital ». Outre la baisse inédite du marché, deux autres phénomènes majeurs distinguent l’année 2012 : l’explosion des génériques et le grand dynamisme du marché officinal OTC***. Le marché de l’hôpital (2011-12) stagne à 6 Mds d’achats, contre 21 Mds pour le marché ville. Enfin, en dépit de « plans de maîtrise » sévères qui pénalisent le médicament (baisse des prix) et qui conduisent à des économies de 2,4 Mds en 2013, on note qu’en 2014 il est prévu une croissance du système de santé de 2,5%, soit tout de même 4 Mds, dont la moitié pour l’hôpital, et le médicament sera de nouveau impacté – mais de combien ? « En tout cas, la santé en France est très protégée relativement à certains pays de l’Europe du sud où les dépenses baissent. Quel secteur de l’économie, à part le luxe, peut-il se prévaloir en 2013 d’une telle progression ? La question est de savoir si, en l’absence de reprise en 2014, la croissance des dépenses de santé en France sera tenable ».

Opportunités et contraintes du marché des biosimilaires

Les produits biologiques les plus vendus vont perdre leur protection au cours des cinq prochaines années, ce qui constitue une opportunité pour les produits biosimilaires. « Les produits qui vont tomber dans le domaine public – Lantus, Humira, Herceptin, Aranesp, Avastin… - offrent un grand potentiel de croissance aux biosimilaires ». Mais dans leur développement, les médicaments biosimilaires sont plus proches des biologiques que des génériques avec un process de production très sensible, un développement clinique pour prouver l’efficacité du produit qui coûte relativement cher, un accès au marché assez long (6 à 7 ans) ; en outre, il y aura en Europe des politiques de substitution qui ne seront pas générales à l’ensemble des produits biosimilaires.

Enjeux de la « Big Data »

Qu’est-ce que la « Big Data » ? Claude Le Pen : « C’est d’abord un important volume de données que l’on peut « processer » très rapidement**** ; c’est ensuite une interconnexion, en ce sens que ces données sont accessibles et qu’elles sont partagées ; c’est enfin des données de sources variées que l’on va mettre ensemble : tout est corrélé avec tout ». Il s’agit donc d’un nouveau modèle statistique où la moyenne ne présente plus d’intérêt : ce qui compte, c’est la segmentation des profils, des sous-groupes ou sous-populations à l’échelle mondiale. Le Big Data pose le problème de l’ouverture aux données de la santé, réclamée par les laboratoires, et il faut rappeler que sur ce sujet, une mission officielle a été confiée par les pouvoirs publics à un spécialiste qui rendra ses conclusions avant l’été 2013. « Marketing ciblé, thérapies ciblées, assurances ciblées requièrent la même logistique de traitement de l’information qui permet de passer de la masse à la communauté. L’information est une nouvelle énergie, au même titre que le pétrole ou le gaz, qui crée de formidables opportunités ». On observe ainsi un basculement des investissements de la phase pré-AMM vers le post-AMM dans lequel la pharmaco-vigilance proactive est le « moteur » principal : « si on avait eu accès aux données pour vérifier la sécurité et l’efficacité d’un traitement en vie réelle, l’affaire Mediator n’aurait pas eu lieu ; et plutôt que d’attendre que des pathologies se manifestent, on aurait pu entamer une démarche proactive pour détecter chez les patients les premiers signes de valvulopathie ». Mais il existe aussi d’autres « moteurs » telles que l’évaluation des pratiques médicales, l’évaluation clinique post AMM et l’évaluation médico-économique. Il reste cependant à construire les méthodes pour assurer la fiabilité des données, le cadre éthique et le cadre réglementaire.

Denis Briquet

 

* Présent dans plus de 100 pays, IMS est le fournisseur leader de services d'informations du secteur de la santé, couvrant des marchés dans plus de 135 pays du monde. L’IMS emploie

7 000 personnes, dont 1 500 consultants, tous dédiés exclusivement à la Santé et au Médicament.

**La définition de pharmergent classe les marchés selon la croissance attendue et apportée au marché mondial ; le seuil est à 1 Md$ de ventes supplémentaires entre 2013 et 2016.

***OTC : over the counter (lire notre synthèse de la matinale FNIM du 25/1/2012)

****Par exemple en France la base du SNIIRAM (système national d’information interrégimes de l’assurance maladie) qui recense tous les actes et prescriptions remboursables

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