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Les rendez-vous de la FNIM

Compte-rendu du petit-déjeuner du 19 février 2014

Les Français et l’information Santé
Qui informe qui ?


Le thème de la santé constitue de plus en plus une préoccupation centrale pour une majorité de Français : tel est le principal enseignement de l’étude d’opinion IFOP/Capital Image menée en juillet 2013 et présentée lors de la matinale FNIM du mois de février. Parallèlement, il apparaît que nos compatriotes doutent de l’information santé délivrée par les médias au sens large, la jugeant souvent floue et contradictoire. Les résultats de cette étude ont été commentés par une table ronde réunissant deux médecins, le Dr Alby et le Dr Evrard, et une patiente/bloggeuse, Mme Cerisey.

Présentation de l’enquête, par Stéphanie Chevrel* et Damien Philippot*

Historique. Depuis les années 50 jusqu’à aujourd’hui, on est passé d’une information médicale à une information santé. Durant les décennies 50, 60 et 70, si l’information médicale est essentiellement délivrée par les spécialistes et divulguée par des revues scientifiques, elle fait son apparition dans la presse et à la TV. Le grand public prend connaissance des premiers vaccins contre la poliomyélite, des premières transplantations, des bébés éprouvettes. Dans les années 80, apparaît la notion d’information santé avec les premiers scandales sanitaires (amiante, sang contaminé) et l’épidémie du Sida : tous les médias créent une rubrique santé et de nouveaux supports de spécialisent (Santé Mag lancé en 1976). A partir de 2000, l’information santé investit internet avec les sites d’informations (Doctissimo, institutionnels, associations de patients) tandis que les médias traditionnels restent à la traîne jusqu’à la fin 2000. Enfin, les réseaux sociaux s’emparent du sujet avec pour conséquence que tout le monde peut parler de sujets de santé. En résumé, la montée en charge de l’information santé, démultipliée par l’arrivée des médias électroniques, aboutit à une imposante et souvent cacophonique masse de contenus. D’où l’idée de demander aux Français comment font-ils pour s’y retrouver et que font-ils de l’information recueillie.

Principaux résultats de l’enquête.

1) Plus de la moitié (54%) de l’échantillon (1017 personnes majeures) se déclare de plus en plus préoccupé par les questions de santé.

2) Malgré l’inflation de contenus sur internet, la TV reste la principale source d’information santé pour 42% des Français (53% en 2003), devant les sites web (36%), la presse écrite (30%), les blogs et forums (20%) et la radio (19%). A noter que les moins de 35 ans s’informent davantage, autant par la TV (49%) que par internet (46%).

3) Le fait de suivre les informations santé a-t-il un impact sur le comportement ? 2/3 des sondés cherchent à approfondir les connaissances sur un sujet, 60% modifient certains de leurs comportements, 55% déclarent parler d’un sujet avec un médecin lors d’une consultation et 35% (42% pour les + 65 ans) vont consulter sur un sujet.

4) Les Français ont-ils fréquemment peur d’être atteints d’une maladie ? Pour 1/3 d’entre eux, la réponse est positive en cas de signes inquiétants, réels ou imaginaires ; plus surprenant, 13% répondent oui en l’absence de tout symptôme ! Lorsqu’on craint d’être malade, on recherche activement de l’information sur les sites ou sur les forums/blogs (74% et 58%), on en parle autour de soi et on consulte le médecin (61% et 59%). Néanmoins, plus de la moitié des sondés ne font rien. Point important : une majorité (64%) de personnes anxieuses qui recherchent de l’information ont tendance à renforcer leur inquiétude après leurs recherches sur internet.

5) Sur la qualité de l’information santé, 2/3 des sondés la trouvent floue et contradictoire, 44% trop importante, 42% souvent inutile, 39% toujours compréhensible et 25% toujours fiable.

Table ronde avec Catherine Cerisey (patiente et bloggeuse), le Dr Marie-Laure Alby (MG, Paris) et le Dr Nicolas Evrard (journaliste, médecin rédacteur en chef Santé AZ).

Catherine Cerisey : « Le fait principal est qu’aujourd’hui, tout le monde a la possibilité de prendre la parole. Alors qu’auparavant, l’information santé était entièrement détenue par les sachants, elle revient désormais aux ignorants. Avec les NTIC et notamment les smartphones, on note en outre une accélération phénoménale des échanges de messages. Au chapitre de l’impact sur les comportements, je note que les résultats font référence à l’empowerment, à la prise en charge. On va chercher des connaissances et on en discute avec le médecin ».

Nicolas Evrard : « Avec 2/3 des sondés qui cherchent à approfondir leurs connaissances, c’est un franc succès pour les médias. Nous, dans nos médias, on cherche aussi à passer le relai aux professionnels de la santé, médecins et pharmaciens, pour valider ces connaissances glanées dans les médias par le grand public ».

Marie-Laure Alby : « Je suis plus nuancée. Le principal moteur qui pousse le patient à consulter, c’est d’abord l’anxiété. Il faut faire très attention au stress dû aux informations santé, en particulier sur internet. Le fait d’aller chercher l’information aggrave souvent l’angoisse. On entend parfois tout et n’importe quoi, même si certains patients connaissent bien leur pathologie. En fait cela pose la question de la relation patient/médecin : du fait de l’afflux de l’information santé, la relation est-elle devenue paritaire ? Je ne crois pas. Cette relation reste plutôt dissymétrique, mais elle peut tendre vers une forme d’harmonie en tenant compte de l’expertise du patient. Durant une consultation, on ne peut pas en permanence passer son temps à éliminer des informations de mauvaise qualité. Un médecin généraliste doit aussi prendre des décisions ».

Nicolas Evrard : « La question portant sur la peur d’être malade, notamment les 13% qui ont peur en l’absence de symptôme, soulève la question du stress et de l’hypocondrie (obsession du corps). Sur mon site, je suis extrêmement prudent vis-à-vis de certaines informations, et au cabinet médical, on ne peut pas avec certaines pathologies indiquer le taux d’incidence ou de mortalité alors qu’il est présent sur internet, et souvent exact, ce qui renforce l’angoisse du patient ».

Catherine Cerisay : « Si on est anxieux, on va rechercher tout de suite des informations sur les sites et les forums. Ainsi, un simple bouton sur le visage va devenir au bout d’une dizaine de clics un mélanome, résultat d’un biais de lecture due à l’anxiété ».

Marie-Laure Alby : « Le problème de la non qualité de l’information, en particulier sur internet, peut conduire à des résultats catastrophiques. Les réseaux antivaccins, très efficaces, ont tellement semé le doute dans l’esprit des gens que cette année, la grippe a fait plus de victimes que l’année dernière car on ne va plus se faire vacciner. Il est indispensable de réguler les réseaux sociaux, notamment ceux qui traitent de maladies graves ».

Finalement, qui informe qui ?

Nicolas Evrard : « Tout le monde doit être acteur, les patients, qui connaissent le mieux leur maladie, les experts, les journalistes qui font appel aux experts, les agences officielles »

Catherine Cerisay : « Internet permet de partager les expériences. Quand je suis tombée malade il y a dix ans, j’aurai adoré rencontrer des femmes qui me racontent comment se déroule une radiothérapie, et cela à toute heure du jour et de la nuit. C’est une information complémentaire à celle du médecin qui reste le référent, mais l’expérience partagée est un avantage considérable ».

Marie-Laure Alby : « Tout le monde a le droit de vivre sa maladie comme il l’entend. Pour les professionnels, internet est un instrument d’actualisation des connaissances et des parcours de soins extrêmement efficace. Mon éthique en tant que médecin est de faire profiter tout le monde de cette accessibilité à l’information et aux parcours de soins. A condition qu’il y ait un vrai travail de de veille et de tri de l’information (nettoyage) ».

 

Denis Briquet pour la FNIM

*Stéphanie Chevrel, DG de l’agence Capital Image ; Damien Philippot, Directeur d’études (IFOP)

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