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Les rendez-vous de la FNIM

Compte-rendu du petit-déjeuner du 23 avril 2014

Evolutions et stratégies de l’industrie pharmaceutique


de gauche à droite : Gilles Braud (Bien être et Santé), Patrick Errard (President du Leem), Eric Phelippeau (Président de la FNIM).

Le président du LEEM, Patrick Errard, qui a pris les rênes du syndicat en décembre 2013, était l’invité exceptionnel de notre dernière matinale. Après avoir présenté brièvement le LEEM et fait le point sur la situation économique du secteur de la santé en France, il a consacré l’essentiel de son intervention à répondre aux très nombreuses questions des membres de la FNIM.

Présentation du LEEM

« Le LEEM, syndicat unique de l’industrie du médicament, fédère 270 adhérents qui représentent 98% du CA du médicament en France. Il compte un peu moins de 80 permanents au Siège et se situe au deuxième rang (hors syndicats ouvriers/cadres) des organisations professionnelles derrière le MEDEF. Le LEEM est géré par un Bureau de 18 membres qui comprend 9 présidents de commissions (juridique, affaires sociales…), 6 responsables de familles géographiques, le représentant du GEMME (industrie des génériques) et celui du CODEEM (organe de déontologie), et enfin le Président. Le Conseil d’Administration, composé d’une quarantaine de membres, entérine les décisions préparées par le Bureau et élit le Président dont le mandat est de deux ans. Je rappelle souvent à mes interlocuteurs que le LEEM, ce n’est pas seulement les 100 000 personnes qui travaillent directement pour les entreprises du médicament, mais aussi tous les emplois indirects générés par cette industrie et notamment les prestataires et agences ou organes de communication ».

Situation économique des entreprises du médicament

« Nous savons tous que le déficit du pays dépasse largement les 3% autorisés par Bruxelles et il est à prévoir que l’objectif annoncé de le ramener sous les 3% en 2015 ne se réalisera pas. Dans ces conditions, le plan d’économies de 50 Mds ne suffira pas, d’autant plus qu’il est adossé à une prévision de croissance très optimiste de 1% en 2014 (et 1,7% en 2015). On sait aussi que, dans ces 50 Mds, le gouvernement veut récupérer 10 Mds sur trois ans pour combler une partie du déficit de l’Assurance Maladie, sachant qu’en 2013 l’ONDAM (sous exécuté) était à 2,4 Mds. La part du médicament au sein de l’ONDAM représente en valeur 15% alors que nous contribuons depuis 2011 à environ 50% du redressement des comptes de l’AM : la disproportion est flagrante. Les entreprises du médicament participent depuis 2011 à hauteur de 1,2 Md/an dont 980 millions de baisse de prix. Pourquoi un tel niveau de contribution ?

Premier élément, il faut bien comprendre que le déficit des comptes sociaux se creuse, et que ce n’est  pas du fait d’une surconsommation de médicaments : la France se situe en volumes dans la moyenne européenne de consommation pharmaceutique par habitant (à l’exception des antibiotiques et des anxiolytiques). Certes, les dépenses d’AM en France sont plus élevées qu’ailleurs, mais cela tient à l’effet de structure (nombre élevé d’hôpitaux) et à l’effet prix.

Deuxième élément, avec un taux de chômage de plus de 10%, la France souffre avant tout d’un déficit de recettes. Lorsque ce taux dépasse les 9% dans un pays industrialisé comme la France qui a un système de paiement des soins par mutualisation, mécaniquement cela entraîne un déficit de recettes provoqué par un manque de population active cotisante.

Troisième élément : les effets de structure avec au premier rang desquels l’hôpital. Celui-ci pèse la moitié des objectifs de dépenses de l’AM. Pourquoi ? Par rapport à la moyenne européenne, l’hôpital français compte 100 000 lits en plus et représente un poste de dépenses de 15 Mds au-dessus de la moyenne européenne. L’ensemble du système hospitalier et des prises en charges des ALD à 100% constitue le principal problème de l’AM. A cela s’ajoute la définition française de la qualité d’accessibilité aux soins qui date des années 30 (nombre de kilomètres séparant le domicile de l’hôpital le plus proche). Or cette définition devrait non plus reposer sur la distance mais sur le temps pour accéder à un plateau technique de qualité capable de prendre en charge les urgences et les maladies graves. Si on revisitait l’ancienne définition en concentrant un certain nombre d’effets de structure sur des plateaux de meilleure qualité, et si on réalisait des économies d’échelle sur la prise en charge du parcours de soins optimisé par la traçabilité de ce que les patients ont reçu à la fois comme prescriptions et examens complémentaires, on pourrait dégager au moins 6 à 7 Mds d’économies sur plusieurs années. Le constat est là : depuis dix ans, les pouvoirs publics n’ont toujours pas engagé de réformes structurelles. A cela, plusieurs raisons : on pointe d’habitude un manque de courage politique pour réorganiser les ARS, mais il faut aussi dénoncer une gestion des finances de la Sécurité Sociale qui repose sur le système annuel du PLFSS. Or une gestion sur douze mois exclut mécaniquement des effets de structure qui portent sur plusieurs années. L’une des mesures préconisées récemment par le LEEM consisterait à allonger la durée du PLFSS en y injectant des éléments de pluri-annualité, ce que permet la Constitution ».

Questions/réponses

1) Quel est l’avenir à 5 ou 10 ans de l’industrie pharmaceutique ?

Patrick Errard : « Deux points à retenir. D’abord, le modèle sur lequel nous avons vécu, basé sur la chimie, est né dans les années 50, s’est épanoui dans les années 70 (souvenons-nous des grandes firmes : Roussel-UCLAF, Dow Chemical…) et aujourd’hui tend à s’essouffler. Ce modèle, qui a été exponentiel en termes d’innovations pendant une quarantaine d’années, est devenu asymptotique : le reste-à-découvrir sur cette base-là se réduit inexorablement. De plus, beaucoup de molécules perdent leurs brevets et basculent dans le domaine du générique et du produit à bas coût. Ensuite, nous assistons à la naissance d’un nouveau cycle que l’on peut appeler la médecine personnalisée. Celle-ci découle de l’essor de deux spécialités : d’une part, la pharmaco-génomie, c’est-à-dire la capacité à aller chercher dans les génomes, individuellement, des éléments prédictibles de la réponse à certains types de traitements ; d’autre part, les biotechnologies, en particulier les anticorps monoclonaux. Ainsi, demain, le médicament aura une sorte d’efficience garantie (ce qui n’était pas le cas pour les médicaments basés sur la chimie). Mais la population concernée par ces traitements sera plus réduite. Ce changement de concept va entraîner un changement du modèle de prise en charge et va probablement bouleverser le mode de communication des industriels. A ces deux évolutions majeures, viennent se greffer l’arrivée de la télémédecine (transmission des données, consultation à distance, réponse à la désertification médicale, communication auprès des médecins visant à suppléer la VM) et les médecines additives (radiothérapie, nano-particules, technologies non médicamenteuses, biomarqueurs compagnons*). Tous ces changements seront les relais de croissance de demain et seront portés par un nombre réduit d’industriels, et pas nécessairement les plus gros (par exemple, GILEAD) ».

2) Comment les métiers des prestataires vont-ils évoluer ?

« Je ne suis pas un spécialiste, mais je pense que la dématérialisation de la communication prendra une place croissante : tablettes, smartphones, télémédecine, connexions diverses. Ce qui provoquera une raréfaction de la relation humaine avec le client qu’il faudra bien réinventer ».

3) Quelles sont les bonnes stratégies pour les gros laboratoires qui se lancent actuellement dans de grandes manœuvres de cessions et de fusions/acquisitions ?

« On observe que la stratégie de diversification ne fonctionne plus aussi bien en termes de croissance et elle a un coût important. A l’inverse, la stratégie de recentrage semble plus performante, de même que les acquisitions de technologies nouvelles (biotechs) ».

4) Y a-t-il au sein du LEEM des intérêts divergents ?

« Je pense plutôt qu’il y a des intérêts différents. Mais pour avancer, on ne peut plus se bercer de l’illusion qu’il faut faire plaisir à tout le monde. Les arbitrages doivent être décidés en fonction de la ligne politique du syndicat qui a été définie et qui sera finalisée au mois de mai. Celle-ci comprend 7 axes et une trentaine de mesures concrètes autours desquels tout le monde se mobilise ».

5) Faut-il être nécessairement adhérent du LEEM pour accéder à certaines informations ou données qui peuvent être très utiles, notamment aux prestataires ?

« L’idée c’est de considérer que le fait d’être non adhérent n’exclut pas la possibilité de bénéficier de certaines informations, conseils ou services. Pour cela, le LEEM doit s’organiser et penser différemment. Nous avons bien conscience que dans la prestation en général, il y a une demande de ce type : par exemple, pour des entreprises comme les vôtres, on réfléchit à un moyen de faciliter l’accès à l’information sans pour autant les obliger à adhérer (ce qui par ailleurs pose un problème statutaire). Cela devrait aboutir d’ici 12 à 18 mois ».

6) Quels sont les liens entre le LEEM et les institutions européennes ?

«  Nous sommes en relation avec l’EFPIA**, laquelle est engagée dans une démarche croissante visant à établir des règles déontologiques dans le cadre des rapports entre l’industrie pharmaceutique et les professionnels de santé ainsi que les associations de patients. On sent une certaine prégnance de ces réflexions européennes sur les organes représentatifs des pays membres. Pour autant, il y a un décalage entre la réactivité des organismes nationaux et celle, forcément moindre, d’une fédération européenne ».

 

Denis Briquet pour la FNIM

 

*Les biomarqueurs permettent de mesurer l'efficacité d'un nouveau médicament, de sélectionner les patients auxquels la thérapie sera la plus adaptée et de surveiller le développement de la maladie et les effets du traitement.
De tels outils d'orientation thérapeutique sont appelés biomarqueurs compagnons.
(Source : LEEM)

**La Fédération Européenne des Industries et Associations Pharmaceutiques (EFPIA) représente l'industrie pharmaceutique en Europe à travers l’adhésion directe de 33 associations nationales et de 40 entreprises pharmaceutiques (Source : LEEM)

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