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Les rendez-vous de la FNIM

Compte-rendu de la matinale du 27 avril 2016

Enquête IMS 2015 : le retour des marchés matures

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« Pr Claude Le Pen : les résultats du rapport annuel d’IMS Health “Intelligence 360” »

De gauche à droite : Eric Phélippeau - FNIM / Claude Le Pen - IMS Health / Nicolas Bohuon - FNIM / Alain Trébucq – GMS

Au fil des ans, la présentation de l’enquête mondiale IMS Health par le Pr Claude Le Pen* est devenue l’une des matinales incontournables de la FNIM. Le cru IMS 2015 a dévoilé quelques aspects nouveaux du marché pharmaceutique dans le monde : le retour des pays matures (totalement tirés par les ventes de médicaments aux Etats-Unis), la stagnation des émergents (Pharmergings), une croissance nulle en France d’ici à 2020 et le développement des biosimilaires.

Un marché mondial de 1000 Mds $ répartis inégalement

« En 2015, on constate que le basculement de la croissance observé auparavant de l’ouest (matures) vers l’est (émergents) marque un temps d’arrêt. L’Asie-Pacifique, qui connaissait des croissances à deux chiffres, n’a progressé que de 6% tandis que l’Amérique du nord augmente de 11% (Europe : + 6%). En termes de poids des ventes mondiales, l’Amérique du nord détient 42% de part de marché contre 29% pour l’Ase-Pacifique, 22% pour l’Europe et 7% pour l’Amérique latine. La croissance des ventes mondiales, en volume comme en valeur, a donc été portée par les pays matures. A l’horizon 2020, la croissance en valeur, due aux pays matures, s’accélère et passera de 1069 Mds $ en 2015 à environ 1400 Mds de $, tandis qu’en volume, elle sera tirée par les Pharmergings. Le monde « mange » et « mangera » de plus en plus de médicaments ». 

Piliers de croissance et alliances

Les 3 piliers de croissance à moyen terme (2020) sont les USA (41% des dépenses de médicaments en valeur) dans un marché très ouvert et libre, avec des prix négociés par les firmes qui restent confidentiels ; des produits de marque (52%) ; l’oncologie, après 2 ou 3 ans de relative stagnation.

A côté des grandes alliances dans la distribution, il y a eu aussi en 2015 de grandes alliances dans la production : le marché pharmaceutique est en reconstruction permanente avec nombre de deals majeurs (Teva/Allergan à 41 Mds de $ ou Abbvie/Pharmacyclics à 21 Mds de $). On a même failli assister à une méga fusion à 160 Mds de $ entre Pfizer et Allergan, dont la motivation était plus fiscale qu’industrielle, d’où finalement l’abandon du projet sous la pression des autorités américaines. Tant aux USA qu’en Europe, certains grands laboratoires, aux pipelines peu fournis, engagent du cash pour racheter des concepts ou des starts up. On note aussi l’arrivée d’acteurs nouveaux et non traditionnels tels Samsung (biosimilaires) et surtout Google (diabète, objets connectés et dispositifs médicaux) ».

Situation de la France dans le Top 5 européen

« Dans ce marché à 150 Mds de $, la France est leader en valeur (32 Mds de $), mais sa croissance estimée à l’horizon 2020 stagne contrairement aux quatre autres grands pays (Espagne, Italie, UK et Allemagne) qui tous augmentent d’environ 4% en moyenne. En 2015, sur le marché de l’officine, la France est même en récession de -1% alors que tous les autres pays se développent (UK : +7%), parfois sous l’effet d’un rattrapage (Italie). En revanche, les ventes de médicaments OTC en France ont connu en 2015 une réelle croissance (+2,3%) : du point de vue de la dynamique du marché, le modèle économique tend à se décaler en faveur des produits hors AMM. Les ressorts du marché de l’OTC diffèrent peu du marché traditionnel du médicament, à savoir l’innovation, moins au sens scientifique du terme qu’au sens marketing. La tendance est à l’extension du Self Care : nutrition, soin, beauté, hygiène, dispositifs médicaux.

Si l’on regarde ce qu’était le marché français il y a 10 ans par rapport à celui de 2015, on remarque une stagnation en valeur du fait de la baisse des prix (imposée par les autorités) et d’une croissance modérée. L’effet de la demande à prix constants est tiré par l’oncologie et les produits pour lutter contre les maladies auto-immunes, tandis que la baisse des prix se concentre sur les domaines cardiovasculaire (-225 millions €), SNC (système nerveux central) et oncologie/maladies auto-immunes. Ce climat morose n’empêche pas les innovations, notamment dans les antiviraux (Harvoni de Gilead, Triumeq de GSK) ou antidiabétiques (Bydyreon d’AstraZeneca). Il y a encore de la place pour le succès commercial, particulièrement dans les produits hospitaliers. Côté générique, depuis la grande croissance de 2012, le marché est étal (réticence des patients, abus de la mention NS). Enfin, la prescription hospitalière médicamenteuse exécutée en ville est un moteur de croissance : 1/3 du marché de ville (officine) est alimenté par des prescriptions hospitalières. Il s’agit d’ordonnances lourdes, plus chères et moins substituées que d’autres. La croissance du marché hospitalier (7 Mds€ en 2015), elle, s’avère nulle de 2014 à 2015 malgré l’effet Sovaldi (traitement de l’hépatite C) en 2014 ».

Les faits marquants en France en 2015

« Il y en a 3 : le nouvel accord Cadre 2016-18, la Loi santé et l’ouverture aux données de santé, et le développement du biosimilaire.

1) L’accord Cadre traduit une nouvelle forme de gestion conventionnelle, plus partenariale avec toute une série de comités de pilotage et un réel effort de simplification (Fast track ASMR 5, régulation financière annuelle), un effort réciproque d’information et d’anticipation, des tendances nouvelles (liste des remises possibles, utilisation des bases de données à la place des grandes études avec comités scientifiques et résultats tardifs).

2) La Loi santé de janvier 2016 entraîne 4 mesures importantes :

- Médicaments « d’intérêt thérapeutique majeur » (prévention de rupture des stocks, plan de gestion des pénuries).
- Renforcement des mesures de compliance.
- Données publiques de santé (SNDS et INDS**) accessibles aux firmes pour des études d’intérêt général à l’exclusion de buts commerciaux ou promotionnels.
- Extension de la représentation des usagers.

Cette Loi santé place l’usager partout afin que les associations donnent leur avis dans les instances officielles (CEPS etc). Les associations reprennent en fait le rôle des représentants de la société civile, notamment au détriment des syndicats. C’est une évolution forte de la démocratie sanitaire : ainsi les associations de patients sont désormais logées dans le collège des scientifiques avec voix délibérative.

3) Le développement du biosimilaire : malgré une définition complexe et une approche variable selon les pays, le biosimilaire constitue une nouvelle source de croissance pour de nouveaux acteurs (Amgen, parangon de la pharma biotech, fabrique désormais des biosimilaires !). Pour preuve la multitude développements en cours chez de grands laboratoires (par exemple Roche, Janssen, Amgen…). En outre, des best sellers biologiques vont continuer à perdre leur brevet d’ici 2020. Mais le développement du biosimilaire repose aussi sur une nécessité d’informer et de communiquer aux PS, qui hésitent à adhérer à la notion de similarité parfaite et craignent de changer un traitement efficace, comme aux patients assez conservateurs envers les traitements qui marchent et plutôt indifférents à la question des économies ».

Perspective 2020 : rôle majeur de l’innovation

- Les patients auront accès à des thérapies révolutionnaires dans l’hépatite C, les maladies auto-immunes, cardiologiques et orphelines (1/3 des nouvelles substances).
- La technologie changera les protocoles de traitement, la place et le rôle du patient ainsi que ses interactions avec les PS.
- Les produits d’oncologie représentent la plus grande catégorie des médicaments attendus d’ici 5 ans.
- Développement de 943 nouvelles substances actives.
- En oncologie, d’ici 2020, l’évolution des produits se poursuit avec 91% de substances actives ciblées (dont 1/3 avec biomarqueur).

Denis Briquet pour la FNIM

 

*Le Pr Claude Le Pen est consultant auprès d’IMS Health, professeur d’économie à l’Université Paris Dauphine et Président du Collège des économistes de la santé.

**Système national des données de santé : données fournies par les feuilles de soin et celles produites par les hôpitaux après chaque hospitalisation (causes de décès…). L’Institut National des Données de Santé assure la qualité des données, leur sécurité ainsi que leur mise à disposition (guichet unique d’accès aux données).

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