L'intelligence artificielle transforme en profondeur les industries de santé et leurs partenaires. Pour cette matinale, la FNIM a souhaité aborder deux sujets complémentaires : celui des usages et des évolutions des métiers, et celui de l'IA responsable, de la gouvernance et du cadre réglementaire. Animée par Denise Silber, fondatrice de Basil Strategies, cette rencontre a réuni Didier Roumengas, fondateur de Beyond Value, et Isabelle de Cuniac, fondatrice de Kokrea, deux entreprises adhérentes de la FNIM. En croisant ces deux regards, la Matinale a mis en évidence un défi majeur : accompagner le déplacement de la valeur, tout en créant les conditions de confiance nécessaires au déploiement de l'IA.
Le déplacement de la valeur
Didier Roumengas a d'abord démontré que l'IA n'est plus un sujet prospectif mais une transformation déjà bien engagée. L'intelligence artificielle fait partie maintenant des priorités stratégiques pour les managers des laboratoires pharmaceutiques, alors que les risques, notamment de ‘’Shadow AI’’, bien qu’en diminution, sont encore présents.
Cette évolution transforme les attentes des laboratoires à l'égard de leurs prestataires. À travers plusieurs cas d'usage, issus notamment de Sanofi, de Veeva et de Havas Health, Didier Roumengas a illustré l'émergence de nouveaux usages en marketing, communication et information médicale : personnalisation des contenus, accélération des processus de validation, plateformes d'aide à la décision et intégration de l'IA dans les workflows opérationnels. Les laboratoires attendent désormais de leurs partenaires qu'ils tirent parti des technologies d'IA les plus récentes, accélèrent les processus, renforcent la personnalisation des contenus et apportent une expertise stratégique pour accompagner leurs transformations.
Didier Roumengas a rappelé que les gains de productivité dus à l’IA, qui se traduisent par une réduction des couts, sont accompagnés par une pression sur les budgets. La valeur se déplace désormais vers le conseil, la réflexion stratégique, l'orchestration des projets et l'accompagnement des transformations. Il a conclu en invitant les agences à développer leurs compétences en IA, à faire évoluer leur offre et leur ‘business model’ et à anticiper les nouvelles responsabilités liées à ces usages.
Les conditions de la confiance
Isabelle de Cuniac a prolongé cette réflexion en présentant les principes d'une IA responsable, destinée à renforcer la confiance dans les solutions d'intelligence artificielle en limitant les risques tout en maximisant leur impact positif. Transparence, équité, éthique, sécurité, protection des données, souveraineté numérique, impact environnemental constituent, selon elle, les fondements indispensables de cette approche, mis en pratique grâce à une gouvernance solide .
Elle a ensuite distingué les risques pour les patients, les professionnels de santé, les entreprises et la société dans son ensemble, montrant que les enjeux dépassent largement la seule question technologique. Elle a rappelé que l'AI Act adopte une approche fondée sur le niveau de risque et que les dispositifs médicaux intégrant de l'IA sont généralement considérés comme des systèmes à haut risque. Ce nouveau cadre vient s'ajouter au RGPD, aux réglementations des dispositifs médicaux et aux exigences nationales, constituant un environnement réglementaire complexe et exigeant mais indispensable pour renforcer la confiance.
Isabelle de Cuniac a également souligné que cette transformation ne se résume pas aux gains de productivité permis par l'IA. Un déploiement responsable suppose aussi des investissements en gouvernance, en conformité, en cybersécurité, en formation et en supervision humaine. Au-delà des risques, elle a insisté sur les opportunités offertes aux sociétés de services : les entreprises de santé auront besoin de partenaires capables de combiner expertise technologique, réglementaire, médicale et marketing afin de sécuriser leurs projets d'IA et d'en faire un véritable levier de performance. Elle a enfin rappelé que deux sujets restent encore insuffisamment pris en compte par les réglementations actuelles : la souveraineté numérique et l'impact environnemental de l'intelligence artificielle.
Les industries de santé investissent désormais massivement dans l'IA et attendent de leurs partenaires qu'ils l'intègrent à leurs pratiques et à leurs offres.
2. Les attentes des entreprises de santé évoluent rapidement.
Les sociétés de services sont appelées à créer davantage de valeur par le conseil, la maîtrise des plateformes et de l’environnement réglementaire, l'accompagnement stratégique et la conduite du changement.
3. Performance et responsabilité sont indissociables.
La gouvernance, la transparence, la protection des données, la cybersécurité et la conformité réglementaire sont désormais des composantes essentielles de tout projet d'intelligence artificielle. À ces composantes s’ajoutent la souveraineté et l’impact environnemental, car la performance ne peut plus se concevoir sans durabilité.
4. La création de valeur passe par de nouvelles compétences et de nouveaux investissements.
Au-delà des gains de productivité, les entreprises devront renforcer leurs expertises technologiques, réglementaires et métier, tout en investissant dans la gouvernance, la conformité et l'accompagnement des transformations.
5. L'intelligence artificielle amplifie l'expertise humaine ; elle ne s'y substitue pas.
Les deux interventions ont convergé vers une même conviction : l'intelligence artificielle constitue un puissant levier de performance et d'innovation, mais elle ne crée de valeur que si elle est mise en œuvre par des professionnels capables de l'utiliser avec discernement, dans un cadre responsable et conforme aux exigences du secteur de la santé.






